Rencontre avec Xavier de Le Rue, le rider des extrêmes.

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Salut Xavier, peux-tu nous raconter ton histoire en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Xavier de Le Rue, j’ai 39 ans, bientot 40. J’ai grandi au contact de la montagne, dans un petit village, du côté de Saint Lary dans les Pyrénées.

Je me suis mis au snowboard à l’âge de 13 ans. Et comme j’ai tout de suite adoré glisser de travers, je n’ai jamais quitté la planche. A l’époque il y avait une super dynamique dans les Pyrénées. C’était un petit peu les “Pyrénées contre le reste du Monde” et ça nous a sur-motivé !

Au départ, je n’avais pas vraiment prévu de faire une carrière professionnelle dans le snow. Et puis, de compétitions en compétitions, j’ai gravi les échelons (Xavier reste très modeste… il faut dire qu’il a gravi les échelons jusqu’au dernier, puisqu’il est quand même 4 fois champion du monde de snowboardercross ).

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Ça donne envie, non ?


Mais même lorsque j’étais en compétition (en cross), il y a toujours eu autre chose qui me titillait. Mon vrai rêve c’était de pouvoir accéder aux montagnes et aux pentes vertigineuses que je voyais au loin dans la montagne et qui me semblaient inaccessibles… c’est comme ça que je suis devenu freerider.

Ça fait 20 ans que je fais du freeride. Par contre cela fait maintenant 3 ans que j’ai complètement arrêté la compétition (Xavier est arrivé 3 fois champion du monde du Freeride World Tour, en 2008, 2009 et 2010) pour me consacrer principalement aux expéditions.


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euhh… Par contre la un peu moins !


Peux-tu nous décrire ton quotidien ?

J’habite la moitié de mon temps à Verbier, en Suisse, et l’autre moitié en France du côté de Cap Breton.

Je n’ai pas vraiment de journée type. Lorsque je suis à la maison, ce que j’essaie de faire, dans l’idéal, c’est de bosser 3-4 heures sur ordi et ensuite je sors faire du sport dans la nature. En fonction du temps et des saisons, je fais soit du surf, du parapente, de l’escalade, du VTT ou bien sûr du snow.

A côté de ça, j’ai toujours aimé rénover de vieilles maisons ou appartements qui ont du cachet, du charme, une histoire !


“Cette montagne porte bien son nom. The Impossible Wall, parce que quand tu la regardes, tu te dis que c’est impossible. Il y a tellement de dangers !”


Est ce que tu peux nous raconter ta pire session ?

C’était en 2008, au dessus d’Orcière sur une montagne qui s’appelle le Châtelet. J’ai été pris dans une énorme avalanche.

Elle m’a traîné sur plus de 2 km et à la fin je me suis retrouvé au dessus de 6-7 m de neige. Lorsque j’ai été retrouvé j’étais au bord de l’asphyxie. C’est vraiment incroyable que j’y ai survécu. Ce jour là, j’ai fait beaucoup trop d’erreurs et j’aurai pu le payer cash. J’ai pris ça pour un avertissement de la montagne. Cette expérience a changé beaucoup de choses dans mon approche du freeride. Depuis, je suis intransigeant dans ma manière de prendre mes décisions en montagne. Je ne fais plus aucun compromis en terme de sécurité. C’est ce qui me permet de continuer à pratiquer ma passion, tout en ayant un niveau de risque “acceptable”… le risque zéro n’existant pas dans notre sport.


“On était sur des icebergs, juste au dessus de la mer, la pente était super raide, peut-être même la plus raide que j’ai eu à descendre …
C’était juste magiquissime !”


Bon maintenant peux tu nous raconter ta meilleure session ?

Si je cherche bien dans mes souvenirs, je peux en ressortir deux.

La première c’est sur une pente en Alaska, il y a environ 10 ans. J’étais avec un autre rider, David Jones. C’est certainement la descente la plus engagée que j’ai faite. Rien que son nom est évocateur, “The Impossible Wall”.

Nous sommes partis à 2 heures du matin. On venait de se prendre une énorme tempête après 15 jours à camper sur le glacier. On a vécu avec la nature, les changements du glacier, la neige … ce n’était vraiment pas facile. La descente c’était l’aboutissement de ces 15 jours, hors du temps, à étudier la descente sous toutes ses coutures.

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Silence, contemplation, avant … le grand saut.


Cette montagne porte bien son nom. The Impossible Wall, parce que quand tu la regardes, tu te dis que c’est impossible. Il y a tellement de dangers ! Déjà il y a l’accès qui est problématique. Après il y a des corniches de plus de 20m de haut et des barres rocheuses de partout. Il faut juste tout bien calculer, pour passer au bon endroit. et il ne faut pas oublier que tout ça c’est dans une ambiance ultra raide. Je peux te dire qu’on en a passé du temps et de l’énergie à trouver des failles pour pouvoir la descendre. Et on l’a fait ! C’est ce mélange de tout ça qui fait qu’à la fin la satisfaction est d’autant plus grande, surtout qu’on pensait que ça serait impossible.

Le deuxième souvenir, c’était pendant expédition, “Mission antarctique” . On avait surnommé la pente “Captain face”. On était sur des icebergs, juste au dessus de la mer, la pente était super raide, peut-être même la plus raide que j’ai eu à descendre. Le défi était moins relevé qu’en Alaska, mais la c’était juste pour la beauté de la vue et du moment. C’était juste magiquissime (c’est dire !).


“Tous les glaciers que je connais, sur les 20 dernières années, ont tous pris une claque inimaginable. Et le pire c’est qu’on a l’impression que ça s’accélère.”


Depuis que tu as commencé le snow, est-ce que tu as vu tes spots préférés se dégrader ?

En haute montagne, on a ce que je pense être le meilleur point de référence qu’il soit, les glaciers. Parce que tu vois la rapidité de leur évolution. Tous les glaciers que je connais, sur les 20 dernières années, ont tous pris une claque inimaginable. Et le pire c’est qu’on a l’impression que ça s’accélère.

On remarque aussi, bien évidemment, un changement au niveau du temps. Mais ce paramètre est moins facilement mesurable à notre niveau , il est donc plus facile à contredire.

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Toujours vérifier son matos avant une bonne session.. Toujours ! @Swatch tero repro


Les glaciers sont vraiment le point indiscutable sur le réchauffement. Il y a un mois j’étais à Courmayeur. La bas, depuis 3 ans, ils ont du rajouter un escalier qui fait 10 mètres, parce que le glacier  a fondu d’autant, c’est fou !

C’est dans ces endroits que tu t’en rends le plus compte. C’est comme la Mer de glace, c’est flippant, elle perd des dizaines de mètres chaque année (30 m très exactement !).


Est -ce que cela change ta façon d’aborder ta passion ?

Mon problème est que j’ai l’impression de ne pas être un exemple. Et pour tout te dire, je ne suis pas toujours très à l’aise avec ça…

D’un côté je prends souvent l’avion pour mes déplacements et mes expéditions. Et de l’autre côté, dans ma vie de tous les jours j’essaie au maximum de réduire mon impact. En fait je suis plein de bonne volonté, mais aussi de contradiction (rassure toi, comme beaucoup de monde Xavier !).

De plus en plus je sens que j’ai envie de vivre plus simplement.

J’essaie de manger moins de viande. J’ai refait l’isolation de ma maison. Je vais mettre des panneaux solaires. J’ai un gros jardin potager, un compost.

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Départ en … vélo neige, si c’est pas Green ça ! @swatch tero repro


Au niveau du matos ou des fringues, j’essaie de plus en plus de réutiliser, de réparer. Mais surtout lorsque je dois acheter des produits neufs, je prends des produits de bonne qualité, qui vont durer le plus longtemps possible.

Comme tu le vois, j’essaie de m’améliorer. Je crois beaucoup dans le discours de Johan Rockström. Il dit que si on divise par 2 notre production de CO2 tous les 10 ans, en changeant plein de petites choses du quotidien, on devrait pouvoir s’en sortir. J’espère vraiment qu’il a raison et que ce changement “en douceur” sera suffisant pour nous éviter d’aller dans le mur.


“Maintenant quand je ride, c’est plus par passion et non plus forcément pour être le plus ouf ou le plus radical. En fait je ride surtout pour moi, même si des fois j’aime aussi me booster un peu !”


La quarantaine approchant, est ce que tu sens que physiquement tu commences à grincer ?

Non pas trop, enfin un petit peu quand même. Mais pour engager il faut que ça vienne vraiment de l’intérieur, il faut avoir envie de prouver quelque chose, et peut être même de prouver quelque chose aux autres. Et ça je ne l’ai plus du tout. Au contraire même, ça m’enlève tout le plaisir.

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La fameuse “cabane au fond du jardin”. @Swatch tero repro


En vieillissant t’as envie de vivre plus simplement et tu vois les choses différemment.

J’ai eu mes périodes de gloire entre guillemets. J’ai eu la chance de cocher cette case et je n’ai plus besoin de ça maintenant. Aujourd’hui je préfère passer du temps sur des projets où je sais que ça va servir à la communauté.


Dans ton Ted, tu expliques que souvent les gens te voient comme un fou. Alors est-ce qu’en 2019 tu penses te calmer un peu ?

Tu sais, je me suis déjà pas mal calmé quand même, le risque que je prends maintenant est plus au niveau des expéditions. Mettre des gros jumps énormes et des grosses lignes dans tous les sens (je tiens à préciser qu’on parle bien de snow !) pour prouver quelque chose, ça je l’ai mis de côté. Maintenant quand je ride, c’est plus par passion et non plus forcément pour être le plus ouf ou le plus radical. En fait je ride surtout pour moi, même si des fois j’aime aussi me booster un peu !

Comme je te l’ai dit au début, maintenant mon truc c’est les expéditions. A ce sujet je suis en train d’en préparer une pour l’année prochaine avec le Potsdam Institute for Climate Impact Research. On va faire une expédition autour des 3 pôles . Tu me diras qu’il n’y en a que 2, et tu auras raison. Il y a le pôle Nord et le pôle Sud, mais lorsque l’on parle de stabilité du climat, on considère de plus en plus l’Himalaya comme le 3e pôle.

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La légende dit qu’il ne s’est pas encore posé… @swatch tero repro


L’objectif de cette expédition est d’allier la glisse à la recherche scientifique. Avec l’équipe de chercheurs de Johan Rockström, on va faire des prélèvements et ramener des données sur l’évolution des pôles et notamment des glaciers. On pourra comparer ces données à celles que nous avions générées il y a 10 ans, lors de ma dernière expédition la bas. Si tout se passe bien, je serai en Mai 2020 dans l’Arctique (alors c’est lequel ?? celui du Nord ou du Sud ?), en Décembre 2020 dans l’Antarctique (forcément celui la c’est l’autre !), puis Mai 2021 dans l’Himalaya.


Que penses-tu du guide que nous avons écrit sur le Top 50 des meilleures marques de glisse éco-responsables ?

Pour moi c’est génial. C’est bien que les marques se remettent en question. Il y a eu une vague il y a quelques années où quelques marques ont essayé d’être écologiques, mais cela n’a jamais été vraiment concret. Aujourd’hui c’est bien de remettre ça en lumière.

C’est quelque chose de nécessaire. Pour moi il y a vraiment du retard au niveau des marques outdoor du point de vu écologique.

Il y a des marques comme Patagonia qui sont très impliquées depuis longtemps, et puis il y a The North Face qui vient de sortir le Futurlight. Depuis cette année, ils ont lancé cette nouvelle membrane pour remplacer le Gore Tex, qui elle, est complètement pourrie pour l’environnement. le Futurlight est fabriqué à partir de matériaux recyclés, dans une usine Fairtrade qui utilise de l’électricité provenant d’énergie renouvelables*. Techniquement, elle est plus respirante que le Gore-Tex. En tant que partenaire de The North Face, je suis équipé depuis le début de l’hiver et franchement je vois la différence. Je peux tranquillement faire mon petit bout de marche de 20 minutes pour approcher ma ligne. Normalement je retire la veste, mais là je peux la garder jusqu’au bout sans problème, sans que ça devienne un sauna à l’intérieur.

J’ai aussi adoré l’initiative de Patagonia qui tournait cet été sur les plages en Europe pour réparer les combinaisons.

* Cette nouvelle membrane ne sortira officiellement qu’à l’Automne 2019. La communication de The North Face à ce sujet se résume à un teasing, dans lequelle elle parle d’une production éco-responsable (sans beaucoup plus de détails) et de qualités techniques inégalées. A suivre donc…


Et pour finir, quel rider peux tu nous recommander pour une prochaine interview ?

Jeremie Jones, fondateur de l’association Protect Our Winters (POW), pour moi c’est un précurseur dans le domaine de la protection de nos spots !

Crédits photos : Swatch tero repo


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Site : https://www.xavierdelerue.com/


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6 Commentaires sur “Rencontre avec Xavier de Le Rue, le rider des extrêmes.

  1. Jey says:

    Salut messieurs,

    Très chouette interview.
    J’approuve à 200% votre démarche!

    Je me demandais pourquoi le lien vers “Protect Our Winters (POW)” à la fin de l’article était barré, mais c’est certainement juste un problème de mise en forme.

    Tshuss!

    • Vincent Canu says:

      Merci pour ton commentaire et tes encouragements. Ça fait super plaisir d’avoir des retours sur le contenu qu’on vous propose. Effectivement il y a eu un léger soucis avec le lien de POW. C’est corrigé 😉 Merci et à bientôt

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