Ankore… une marque qui veut nettoyer les océans ?

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On voit de plus en plus de marques de vêtements « bio », « éco-responsable », « recyclé ». Et pourtant quand on creuse un peu, on se rend compte que ces marques achètent des vêtements « tout fait » et ne font qu’y apposer leur logo… Perso, on n’est pas fan !

Alors quand on rencontre une marque qui a poussé la réflexion et qui a dessiné ses propres modèles, ça nous intrigue et on a eu envie d’en savoir plus.

Pouvez vous nous raconter votre histoire en quelques mots ?

Nous sommes Lola & Romain, deux Bretons originaires du Golfe du Morbihan et Nantais depuis 10 ans. 

Amoureux de l’océan depuis toujours, on ne peut pas rester longtemps trop loin de l’eau (et du beurre) salé !

Quel sport de glisse pratiquez-vous, depuis quand, où et quelles sensations cela vous procure ?

Romain : Je surf depuis une dizaine d’années, sur Quiberon et Plouharnel quand je suis dans le morbihan, vers Brétignolles et les Sables quand je suis à Nantes. A côté, je skate régulièrement en alternant longboard et carver, ça entretient !

J’aime beaucoup le skate, c’est aussi un moyen de locomotion, mais c’est vraiment le surf qui me passionne. La sensation de plénitude quand tu attends la vague au pic et qu’il n’y a pas trop de monde à l’eau, c’est inégalable.

Lola : moi je skate un peu, et je vais bientôt me mettre sérieusement au surf !

A part la glisse, quelles sont vos autres occupations dans la vie ?

En ce moment, notre plus grosse occupation c’est notre campagne Ulule, avec Ankore, la marque de vêtement que nous avons créée.

Pourquoi avez-vous créé la marque Ankore ?

Nous avons toujours souhaité créer un projet qui nous faisait sens. En tant qu’amoureux de la glisse et de l’océan, nous voulions contribuer à protéger notre terrain de jeux favori, l’océan.

Ankore est né de deux constats :

  • Il y a de plus en plus de pollution plastique océanique sur nos côtes. En tant que surfeurs on voit des choses qui n’ont rien à faire dans l’océan.
  • D’un autre côté, il est nécessaire d’aller vers une industrie de la mode plus vertueuse.

A travers Ankore, nous souhaitons sensibiliser à la pollution marine, montrer que des alternatives à la fast fashion sont possibles, et y contribuer à notre niveau.

Quels produits proposez-vous et en quoi sont-ils éco-responsables ?

Pour le moment, la collection se compose d’un tee shirt et de trois sweats.
On s’est associé avec un partenaire et un réseau de pêcheurs qui récoltent du plastique dans leurs filets en Méditerranée et dans l’océan Atlantique.

Ensuite, ce plastique marin est nettoyé, broyé en paillettes et fondu en granulé pour être enfin transformé en fil. On le mixe avec du coton biologique pour obtenir une maille solide et confortable avec laquelle on réalise nos t-shirts et nos sweats.

Au final, ça crée une activité secondaire pour les pêcheurs, ça diminue la pollution plastique océanique et ça la revalorise en vêtement.

Pour avoir un process vraiment responsable, on a mis en place un circuit court. L’ensemble de la fabrication est réalisé dans un rayon de moins de 1000 km.

« L’initiative Ankore diffère car le plastique recyclé est issu de l’océan. »

On voit de plus en plus de marques qui proposent des produits qui “nettoient la planète”, en quoi la vôtre est différente ?

Il y a effectivement un mouvement en faveur d’une mode plus respectueuse de la planète et c’est très bien. Il y a une réelle prise de conscience.

L’initiative Ankore diffère car le plastique recyclé est issu de l’océan. Il ne vient pas de centres de tri, il dérivait au gré des courants avant qu’on le repêche.

Et contrairement au circuit traditionnel du recyclage qui envoie souvent le plastique en Asie, nous recyclons tout en Espagne, ce qui change beaucoup de choses au niveau de l’empreinte carbone du vêtement.

Concrètement comment se passe la “récolte” du plastique ?

Les chalutiers pêchent du poisson et très souvent du plastique dans leurs filets. Au lieu de rejeter tout ça, on le revalorise en vêtement. Ca crée une activité complémentaire aux pécheurs et ça permet de diminuer le plastique dans les océans.

« Pour 1 m² de maille constituée de plastique marin recyclé et de coton biologique, nous économisons 30% de Co2″

Ces projets de récolte du plastique sont souvent en Espagne, pourquoi ?

En Espagne, le process est maîtrisé de bout en bout, avec une traçabilité et une transparence importante à nos yeux. Et c’est l’un des pays Européens les plus performants en terme de recyclage. En 2017, l’Espagne recyclait 46% de ces déchets plastiques, quand nous en recyclions 26% en France. Donc la chaîne de valeur est vraiment optimisée.

Ne pourrait-on pas monter ce genre de réseau en France ?

Il faudrait que la filière s’organise, et que plusieurs acteurs se coordonnent pour peser. On y pense à l’avenir !

Comment faudrait-il s’y prendre ?

Il faudrait créer des partenariats avec les pêcheurs, s’associer aux ONG qui récupèrent le plastique sur les plages. Ensuite il faudrait s’organiser avec les organismes de recyclage et les filatures. C’est un sacré challenge humain et financier.

Il y a parfois de fausses “bonnes idées” concernant le recyclage. Dans votre cas quel est l’impact CO2 de votre fil recyclé par rapport à un fil non recyclé ?

Pour 1 m² de maille constituée de plastique marin recyclé (50%) et de coton biologique (50%), nous économisons 30% de Co2, et c’est aussi 30% moins énergivore.

Enfin on économise surtout 90% d’eau par rapport à une maille non recyclée et non biologique.

« le jersey brossé… son plus gros problème réside dans l’aspect écologique. il perd de la matière et donc produit des micro-particules.
le jersey non-brossé ne peluche pas à la machine… le rejet de micro-particules, s’il n’est pas inexistant, est vraiment diminué. »

Au sujet des micro-plastiques relargués lors des lavages en machine.

Du textile qui contient du polyester (recyclé) n’est-ce pas un risque de créer des microplastiques (lors des lavages) ?

Nous avons effectué plein de tests et réalisé des dizaines de prototypes avec des compositions différentes pour voir ce qui était le plus écologique et avec le moins de perte de matière au lavage.

Ces différents tests nous ont permis de voir un point déterminant, la finition de la maille.

Il y en a deux types :

  • le jersey brossé ou gratté. C’est celui qui a un aspect duveteux à l’intérieur. Le jersey n’est pas comme ça quand il sort de la filature. Il nécessite une opération supplémentaire, où des machines abîment volontairement la maille pour lui donner cet aspect duveteux qui part très vite au bout de quelques lavages. Deux inconvénients majeurs : le vêtement perd sa matière et on se retrouve assez vite avec quelque chose de très fin qui perd toute forme. Mais le plus gros problème réside dans l’aspect écologique. Cette matière perdue ce sont des micro particules !

  • le jersey non-brossé en revanche, ne peluche pas à la machine. C’est l’état brut dans lequel il sort de la filature. Il n’a pas été fragilisé donc la matière est beaucoup plus durable, et le rejet de micro-particules, s’il n’est pas inexistant (tous les tissus perdent une quantité de matière à la machine), est vraiment diminué. On a conçu la collection pour qu’elle soit la plus durable possible dans le temps.

Pour le reste, les constructeurs de machines à laver vont être obligé d’équiper leurs appareils de filtre spéciaux à l’horizon 2025.

Attention la question des chasseurs… Pour vous, comment faire la différence entre un bon produit éco-responsable et un mauvais produit éco-responsable” ?

Tout dépend s’il chasse la Galinette cendrée ou pas !

Prenons l’exemple d’un vêtement recyclé. Si le circuit de recyclage fait voyager la matière jusqu’en Asie pour ensuite revenir en Europe, est-ce vraiment écologique ? Nous pensons que non, car un produit éco responsable doit être pensé dans sa globalité.

A quel autre rider engagé pensez-vous pour être notre prochain Green Rider?

Les Lost in the Swell ! Vous avez déjà eu Aurel Jacob mais on veut les trois en même temps !

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3 Commentaires sur “Ankore… une marque qui veut nettoyer les océans ?

  1. Christophe H dit:

    Hyper intéressant comme article. Je ferai vachement plus attention la prochaine fois sur le type de jersey et le coup des micro-particules auquel on ne pense pas forcément.
    Et vivement que la filière française s’organise, ça semble à la fois si simple et si compliqué 🙁 Bon courage!

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