Comment choisir une planche de surf éco-responsable ?

Pour certains elle servira à la pratique de leur passion mais pour d’autres ça sera plus un outil de séduction, un objet décoratif, du mobilier ou encore une table à repasser.

Bref… Quelque soit ton utilisation, voici quelques notions pour mieux comprendre la composition, les impacts ainsi que les alternatives existantes.

Comment est fabriquée une planche de surf ?

Les planches de surf actuelles sont quasiment toutes fabriquées selon le même principe.

La forme (shape) de la planche est façonnée dans un noyau (en mousse polyuréthane ou polystyrène) qui est ensuite stratifié pour le rendre étanche et résistant.

L’étape de stratification consiste à appliquer une ou plusieurs couches de tissu en fibre de verre imprégnées de résine polyester ou époxy en fonction de la mousse choisie.

Une fois appliquée, la résine va ensuite durcir. C’est ce composite fibre de verre + résine qui va donner à la planche de surf ses propriétés d’étanchéité et de solidité.

Composition d’une planche de surf

Historiquement, les planches de surf étaient fabriquées en bois. Très lourdes et peu maniables, ces planches ont été remplacées dans les années 1950 par des matériaux plus performants issus de la pétrochimie.

Ces matériaux ont permis la fabrication de planches de surf beaucoup plus légères (et donc transportables) et maniables, ce qui a contribué à démocratiser la pratique du surf. Les premières planches fabriquées en mousse polyuréthane (PU) et résine polyester sont alors nées !

On les appelle planches « polyester » en rapport avec le type de résine utilisé.

Composition des planches Polyester vs planches Epoxy


Quelques années plus tard, une autre technologie a vu le jour. Elle consiste à remplacer la mousse PU par une mousse en polystyrène expansé (EPS).

La résine polyester n’étant pas compatible avec le polystyrène, la résine utilisée pour ce type de planche en EPS est une résine époxy. En toute logique on appelle ce type de planche, les planches « époxy ».

Ces deux technologies utilisent un tissu en fibre de verre pour l’étape de stratification.

Elles présentent des caractéristiques différentes en termes de performance et d’utilisation mais également sur le plan environnemental comme on pourra le voir un peu plus bas.

Les impacts environnementaux d’une planche de surf

Les matériaux utilisés dans la fabrication d’une planche de surf

La mousse PU (planche polyester)

Le polyuréthane est un plastique issu de la pétrochimie fabriqué par réaction chimique entre des molécules di-isocyanates et des polyols. D’autres composants sont également utilisés pour fabriquer la mousse PU comme des catalyseurs, des tensio actifs ou encore des agents gonflants. Sa fabrication nécessite d’extraire du pétrole et d’utiliser d’autres énergies fossiles pour le synthétiser.

Le polyuréthane est composé majoritairement de molécules isocyanates,
très volatiles et considérées comme nocives par inhalation. Les vapeurs
dégagées contribuent également à la pollution atmosphérique.

Avant d’arriver dans l’atelier du shaper, le pain de mousse en PU a déjà relargué pas mal de saloperies dans l’atmosphère contribuant ainsi au réchauffement climatique mais également à la pollution chimique des milieux naturels.

La découpe et le façonnage de la mousse PU entraînent également des rejets toxiques pour la santé humaine. Tous les acteurs qui travaillent ce matériau doivent donc se protéger efficacement. Cependant, une fois stratifiées, les planches polyester sont inertes et ne présentent pas de risque de toxicité pour le surfeur.

Autre info non négligeable, les pains de mousse PU ne sont actuellement pas recyclables et finissent en décharge, en incinération ou dans la nature.

Certaines initiatives comme la marque Polyola sont cependant en cours de développement pour fabriquer des pains de mousse à partir de polyuréthane recyclé. Nous avons hâte de pouvoir étudier cette alternative pour t’en dire plus.

La mousse EPS (planche epoxy)

Le polystyrène est obtenu par polymérisation du styrène. Tout comme le polyuréthane, le polystyrène est issu de la pétrochimie et fait partie de la grande famille des plastiques.

D’un point de vue environnemental et sanitaire, la mousse EPS est considérée comme beaucoup moins nocive que la mousse PU. La mousse EPS relargue moins de vapeurs nocives et la pollution qui lui est imputable est liée à l’extraction et la transformation du pétrole nécessaire à sa fabrication.

L’autre principal avantage de la mousse EPS par rapport à la mousse PU c’est qu’elle est 100 % recyclable.

Pour recycler le noyau en mousse EPS, il faut cependant passer par une étape de délamination relativement complexe qui permet de séparer le pain de mousse de la stratification.

Les planches époxy sont également plus durables que les planches polyester. Leur plus grande solidité est principalement due à l’utilisation de résine époxy qui dispose de caractéristiques plus résistantes que la résine polyester. Ces planches absorbent mieux les chocs et présentent beaucoup moins d’enfoncements.

Il faut tout de même nuancer cet aspect durabilité car en cas de gros « pet », la planche époxy va présenter des faiblesses. La première est que la mousse EPS absorbe l’eau beaucoup plus vite que la mousse polyuréthane. Il faudra donc être rigoureux sur l’entretien et réparer le plus rapidement possible sa planche.

L’autre principale faiblesse est la difficulté de réparer les planches époxy. Là où il faudra environ 10 minutes pour réparer à l’arrache une planche en mousse PU, il faudra au minimum 24h voir 48h pour l’epoxy (temps de séchage de la résine) et des conditions spécifiques (faible taux d’humidité notamment).

La fibre de verre

Le tissu en fibre de verre, comme son nom l’indique, est fabriqué à base de verre et plus particulièrement de dioxyde de silicium (SiO2).

Le problème est que le process de fabrication de la fibre de verre est très gourmand en énergie et nécessite des températures de chauffe s’élevant jusqu’à 1500°C.

La résine polyester et époxy

Les résines polyester et époxy sont des résines thermodurcissables issues également de la pétrochimie. Ces deux types de résines diffèrent dans leur formulation et présentent des caractéristiques et des performances différentes.

D’un point de vue émissions de CO2, les deux types de résines sont relativement équivalentes. Par contre, la résine époxy est moins toxique que la résine polyester. Elle dégage beaucoup moins de composés organiques volatils (COV) et par conséquent, elle est nettement moins nocive pour la santé humaine.

Les planches polyester vs planches époxy

Sur le plan environnemental, les planches époxy gagnent le match pour plusieurs raisons.

Le polystyrène expansé utilisé pour le noyau est recyclable. Cela signifie que les chutes de production peuvent être recyclées et qu’une seconde vie peut être donnée au noyau sous réserve de la mise en place d’une filière de valorisation des planches de surf.

Cela signifie également que la mousse EPS utilisée dans les planches de surf peut être fabriquée à partir de polystyrène recyclé comme on pourra le voir dans le chapitre ci-dessous qui présente les alternatives écologiques.

Les planches époxy dégagent également beaucoup moins de vapeurs nocives et de COV toxiques pour l’environnement et la santé humaine.

Et dernier avantage, toujours en faveur des planches époxy, la résine époxy classique peut être remplacée par une résine époxy biosourcée qui intègre dans sa composition une part plus ou moins importante de composants d’origine végétale. Ce point est également abordé dans le chapitre des alternatives écologiques.

Même si les planches époxy présentent un bilan environnemental moins mauvais que les planches polyester, aucune des deux solutions n’est satisfaisante d’un point de vue écologique.

De plus en plus de shapers et de marques de surf partagent ce constat et travaillent sur des alternatives plus écologiques.

Le consommation électrique et le transport d’une planche de surf

Les matériaux utilisés ne sont pas les seuls responsables de l’impact environnemental des planches de surf. Le process de fabrication implique également l’utilisation d’électricité notamment pour la préparation du noyau (découpe des pains de mousse, impression 3D).

Il faut également prendre en compte le transport entre l’approvisionnement des matières premières vers le lieu de fabrication puis du lieu de fabrication jusqu’au point de vente.

Surfer une planche fabriquée en Asie ou aux Etats-Unis aura forcément plus d’impact que de faire fabriquer sa planche par un shaper local qui utilise des matériaux sourcés le plus localement possible.

La délocalisation de la fabrication et donc du savoir-faire en Asie soulève également une question éthique. Il ne faut pas oublier que le shape, au-delà de l’artisanat, est un véritable art qui se transmet de génération en génération.

Les déchets générés par la fabrication d’une planche de surf

La production de déchets est la face cachée de l’iceberg. On ne s’en rend pas forcément compte mais pour fabriquer une planche de surf d’environ 3 kg, on génère 6 kg de déchets soit 2 fois le poids de la board.

Et malheureusement pour une planche classique en mousse PU, ces déchets ne sont pas recyclés et ils finissent incinérés ou enfouis.

Synthèse des impacts de la production d’une planche de surf

Faire une liste exhaustive de tous les impacts environnementaux d’une planche de surf c’est bien mais les quantifier pour avoir un ordre de grandeur des principaux leviers à améliorer c’est encore mieux non ?

Répartition de l’impact d’une planche de surf polyester tout au long de sa vie (ACV) Et c’est là qu’entre en piste la fameuse Analyse du Cycle de Vie (ACV) dont on parle si souvent.

N’ayant pas suffisamment de moyens (pour l’instant) pour financer notre propre ACV, nous nous sommes basés sur le
travail réalisé par la marque Notox.

Et voici le résultat pour une planche polyester :

Répartition de l’impact d’une planche de surf polyester tout au long de sa vie (ACV)

Principales hypothèses prises pour la réalisation de cette ACV :

  • Planche de surf 7.0 (213 cm)
  • Durée d’utilisation de 5 ans
  • En moyenne 2 réparations par an
  • 4 couches de tissu de verre 125g/m²
  • 3kg de résine polyester
  • Fabrication en France mais avec des matières premières sourcées à 9000 km (Asie ou USA). Transport maritime jusqu’en France puis routier jusqu’à l’atelier de shape.
  • Livraison au client final par transport routier (distance moyenne de 700km)

Bien évidemment les résultats sont discutables mais cela permet d’avoir un ordre de grandeur. On peut donc voir que le choix des matières premières utilisées est primordial dans l’impact global de la planche.

La bonne nouvelle c’est qu’il existe des alternatives à ces matériaux et c’est ce que nous allons voir tout de suite…

Les alternatives écologiques pour les planches de surf

La résine biosourcée pour fabriquer une planche de surf éco-responsable

Comme on a pu le voir un peu plus haut, la résine est le principal polluant d’une planche de surf. L’Analyse de Cycle de Vie simplifiée révèle que la résine polyester est responsable de plus de 50 % de l’impact global d’une planche de surf classique.

Il est donc urgent de changer les pratiques d’autant plus qu’une alternative existe : c’est la résine époxy biosourcée.

Cette résine peut contenir jusqu’à 56 % de carbone sourcé à partir de plantes et de matières végétales. L’utilisation de ce type de résine pourrait réduire de 30 à 50 % les émissions CO2 d’une planche.

On émet cependant quelques réserves sur cette alternative par manque d’information. Effectivement l’aspect végétal et renouvelable est séduisant mais il faut faire attention aux fausses bonnes idées.

Voici quelques questions que l’on se pose et que l’on souhaite approfondir prochainement :
· Une résine époxy biosourcée est-elle aussi performante qu’une résine pétrochimique ?
· La matière végétale utilisée provient-elle d’une agriculture biologique ou intensive gourmande en eau et en produits chimiques ?
· Est-ce que les surfaces utilisées pour sa culture entrent en conflit avec les terres utilisées pour l’alimentation humaine ?

Les noyaux pour fabriquer une planche de surf éco-responsable

Le noyau en bois

Utiliser une board en bois te permettra de t’affranchir de certains produits polluants et toxiques. Certains shapers artisanaux proposent même des planches qui sont huilées ou vernies évitant la consommation de résine et de fibre de verre.

Pour garantir un impact environnemental minimum, tu devras t’assurer de la provenance du bois. Il doit être sourcé localement et provenir d’une forêt gérée durablement.

Le noyau en mousse EPS recyclée

Même si la filière de recyclage des planches de surf n’est pas encore aboutie, il existe une filière de recyclage de l’EPS provenant d’autres sources. Pour réduire l’impact de la fabrication des pains de mousses EPS, certains fabricants
proposent d’intégrer une part d’EPS recyclé pouvant représenter entre 25 et 50 % de la composition totale.

Le noyau en PLA et PET recyclé

Le PLA est un bioplastique issu de l’amidon de maïs. Plus connu, le PET recyclé est tout simplement le plastique issu
du recyclage des bouteilles en plastique. Ces deux matières premières peuvent être utilisées dans la fabrication des
planches de surf notamment grâce à la technique d’impression 3D.

Tout comme la résine biosourcée, notre position sur le PLA n’est pas tranchée et certaines questions doivent être approfondies (agriculture biologique ou intensive, conflit d’utilisation avec les terres destinées à l’alimentation, pourcentage de biomasse dans le plastique biosourcé…).

Autre point de vigilance, la technologie d’impression 3D. Elle présente le gros avantage d’utiliser des matériaux recyclés ou biosourcés et de ne pas (ou très peu) produire de déchets pour la fabrication du noyau. En contrepartie, le procédé de fabrication nécessite plus d’énergie. Cette technique nécessite également une étape de stratification qui implique l’utilisation de résine et de tissu.

Pour qu’une planche issue de cette technologie soit la plus vertueuse possible, les fabricants doivent donc appuyer leur démarche avec :

  • L’utilisation d’une source d’énergie d’origine renouvelable pour alimenter l’imprimante
  • Optimiser l’étape de stratification en limitant la quantité de résine et de tissu
  • Utiliser une résine biosourcée et des tissus avec des fibres naturelles.

Les alternatives à la fibre de verre

La fibre de lin

La fibre de lin est une fibre végétale qui offre un double avantage. C’est une fibre longue qui dispose de très bonnes
propriétés mécaniques et elle est fabriquée à partir du lin qui est cultivé en France.

Grâce à ses propriétés mécaniques plus importantes (315 g/m²) que le tissu en fibre de verre (125 à 200 g/m²), le
shaper peut réduire le nombre de couches utilisées. Une seule couche sur le pont et une sur la carène peuvent
suffire au lieu des 3 ou 4 utilisées dans la fabrication classique.

Le liège

Le liège est une matière naturelle puisée dans l’écorce de l’arbre chêne-liège.

Grâce à leur propriété imperméable et anti-dérapante, les feuilles de liège plaquées sur le pont et la carène permettent de réduire significativement la quantité de résine utilisée ainsi que la Wax.

Cette finition liège renforce également la solidité de la planche pour une durée de vie maximale.

Récapitualif des matières alternatives pour la fabrication d’une planche de surf éco-responsable

Les alternatives pour générer moins de déchets

Une planche de surf classique (mousse PU + fibre de verre + résine polyester) qui pèse 3 kg génère environ 6 kg de déchets non recyclés.

Certaines techniques (impression 3D, stratification sous vide) et matériaux (fibre de lin, mousse EPS, liège) permettent de réduire la quantité de déchets produits et d’améliorer leur taux de recyclabilité.

L’ACV d’une planche de surf écologique

Lorsqu’un shaper cumule plusieurs alternatives existantes, cela permet de réduire significativement l’impact de la planche. Ok mais de combien ?

Une fois de plus pour être rigoureux dans l’approche, il faut se référer à des outils et méthodes standardisés comme l’ACV.

Exemple de Notox :
Si on analyse le cycle de vie d’une planche qui utilise un pain de mousse EPS recyclé, de la résine époxy biosourcée, une méthode de stratification sous vide et du liège pour limiter la quantité de résine tout en augmentant la solidité de la planche alors on obtient un gain de 45 % sur l’impact global.

En utilisant les alternatives écologiques déjà existantes, il est donc possible de réduire de presque de moitié l’impact d’une planche de surf sur l’ensemble de son cycle de vie.

En résumé, voici les impacts des planches de surf polyester et époxy :

  • Matières premières pétrochimiques, non renouvelables et polluantes
  • Construction fragile avec une faible durée de vie (planches PU essentiellement)
  • Quantité importante de déchets non recyclables
  • Planches difficilement recyclables en fin de vie
  • Atelier de shape nocif pour l’environnement (rejets air et eau) et la santé (Troubles Musculo Squelettiques, vapeurs chimiques des produits, bruit…)
  • Émissions de GES liées au transport des matières premières et des planches

En résumé, voici les planches de surf à privilégier

  • Noyau en matière recyclée ou naturelle (bois), résine biosourcée et tissu en fibre de lin
  • Marques/shapers qui proposent une garantie et un service de réparation
  • Marques/shaper qui utilisent des matières premières recyclables (valorisation des chutes de production)
  • Marques/shapers qui proposent la collecte et le recyclage des planches en fin de vie
  • Atelier de shape respectueux de l’environnement et de la santé
  • Marques/shapers qui sourcent leurs matières premières et qui fabriquent localement

Voici notre sélection de planches de surf éco-responsables


Illustrations : Elodie Laroche

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