Rencontre avec Damien Castera, l’aventurier surfeur, ou vice versa

Damien Castera en surf dans un rouleau

Damien Castera c’est certainement le premier nom qu’on a couché sur notre liste (du père Noël) pour nos interviews du Green Rider… Mais attention, on n’attrape pas un aventurier aussi facilement… il faut de la patience … beaucoup de patience. On l’a chassé pendant des mois et c’est finalement grâce à l’intervention de Béa et d’Aurel que nous avons enfin pu rencontrer cet aventurier des temps modernes … Ce fut long (comme sa board) mais ce fut bon. On te laisse découvrir ce nouveau Green Rider.

Damien peux-tu nous raconter ton histoire en quelques mots ?

Je suis né à Bayonne, dans le Pays Basque. Grâce à mes parents j’ai été très tôt plongé dans l’univers de l’Océan. Et quand je dis “plongé” je pèse mes mots puisqu’ils étaient tous les deux adeptes de plongée sous-marine. Mon père ayant fait des études de biologie marine et d’océanographie, il m’a éveillé très jeune aux mystères de la mer. Avant de commencer le surf, j’ai donc passé ma vie sous la surface de l’eau à faire de la plongée et de la chasse sous-marine. Ça m’a permis de découvrir le microcosme sous-marin, les algues, les poissons. On allait souvent plonger en Galice, c’est d’ailleurs là-bas que j’ai fait mes premiers bivouacs (je pense que c’est ce qui a laissé des marques pour la suite … (sic)).

” Ma volonté première c’est de me retrouver tout seul, de fuir les endroits où tout le monde va, c’est un peu l’anti Bali. “

Comment es-tu arrivé dans le surf ?

C’est vers 11 ans que j’ai décidé d’aller explorer ce qui se passait au-dessus du niveau de la mer, en me mettant au surf. J’ai commencé par 3 années en petites planches, jusqu’à ce que je me casse le genou. Pendant ma rééducation j’ai testé le long board et j’ai rapidement accroché, à tel point que depuis je ne l’ai pas lâché. J’adore la glisse et l’état d’esprit du long board. J’ai fait quelques années de compétitions avec quelques bons résultats, mais j’ai assez vite arrêté. J’avais l’impression d’avoir “fait le tour”. Les compétitions se déroulaient toujours dans les mêmes endroits, on arrivait à un endroit on voyait l’aéroport, l’hôtel et le spot et on repartait. Il n’y avait quasiment aucune place pour découvrir les pays dans lesquels j’allais. C’était vraiment contre nature pour moi, c’est pour ça que j’ai voulu arrêter. 

Damien Castera en cheval avec son surf sur le dos
Huuu Petit Tonnerre …. en route vers la vague ! (on remarque que le surfeur écolo ne se balade jamais sans sa board Notox)

C’est à ce moment là que tu t’es lancé dans les aventures ?

Oui, après avoir arrêté la compétition j’ai commencé à voyager par mes propres moyens dans des zones disons … plus atypiques. Mon premier gros voyage d’aventure c’était en Alaska. J’ai eu la chance avec mes récits de voyages et mes films, d’avoir une bonne couverture médiatique. C’est ce qui m’a permis d’avoir des sponsors (Picture Organic Clothing entre autres) et de pouvoir me spécialiser dans le voyage d’aventure et d’exploration… même si l’exploration est aujourd’hui un bien grand mot, puisque presque toute la surface de la Terre a déjà été explorée. Mais on peut encore découvrir de nouvelles vagues… ce qui est ma passion. Ça fait maintenant un peu moins de 10 ans que je fais ça. Pour trouver ces vagues vierges il faut soit aller dans des zones très froides, près des pôles, soit aller vivre des “aventures humaines” dans des tribus comme on l’a fait au Libéria. Ma volonté première c’est de me retrouver tout seul, de fuir les endroits où tout le monde va, c’est un peu l’anti Bali.

Il parait que tu as même rencontré des ours ?

C’est vrai. En Alaska il y avait cette contrainte de vivre sur le territoire de l’ours, qui est un animal qui me passionne depuis que je suis gamin, ça a vraiment été une superbe expérience. Tellement bonne que j’y suis retourné quelques années après avec Mathieu Crepel. C’est là qu’on a fait “du Flocon à la vague”. 

Damien Castera penseur a coté de sa cane à pêche et de son fusil
Les temps changent, avant les aventuriers ne partaient qu’avec leur B… et leur Couteau, aujourd’hui c’est Gaule et Fusil (uniquement en cas de rencontre avec un ours agressif !)

Justement est-ce que tu peux nous en dire plus sur ces aventures ?

En tout on a fait 3 films et 1 livre “Du flocon à la vague”. Le concept est de suivre le parcours flocon de neige jusqu’aux vagues de l’océan . On commence donc avec les snowboards (Mathieu est snowboarder) et on finit avec les surfs. C’est en suivant ce parcours qu’on se rend compte que tout est interconnecté, si la goutte d’eau rencontre une “merde” sur sa route, elle va la porter jusque dans l’océan. Il n’y a que sur la montagne que l’eau est pure. Pour nous c’est une manière très lente de voyager et de profiter du paysage.

Damien Castera avec son surf face à un ours brun
Un ours se cache sur cette photo ! Indice : il ne porte pas de planche de surf sous le bras …

Ahh donc tu fais aussi du snowboard ?

Pas du tout, c’est juste pour mes aventures avec Mathieu Crepel. Ma première expérience en snowboard c’était en Alaska, sur des parois vertigineuses. Heureusement qu’avec le surf j’avais un peu le sens de l’équilibre et que j’avais un super prof en la personne de Mathieu… Je ne suis vraiment pas fan des stations de ski. Le côté masse, les remontées mécaniques, je n’aime vraiment pas ça… Au bout d’une demie-journée je n’en peux plus.

A part le surf et le snowboard, pratiques-tu d’autres sports ?

Je fais pas mal de boxe… (pas pour les ours !), et de la … convivialité nocturne. Il faut dire que c’est le sport national au Pays Basque. Quand je peux aller marcher en montagne je le fais. J’adore le sport, mais le surf et les aventures me prennent beaucoup de temps. Je diversifierai mes activités quand je serai un peu plus vieux (rire). 

Damien Castera en expédition sur une montagne avec son snowboard
“Je ne sais pas où Mathieu m’emmène, mais l’eau à l’air super froide et dure …”

Peux-tu nous décrire le quotidien d’un aventurier ?

Je passe énormément de temps à préparer mes aventures. J’essaie de lire tout ce qui est possible de lire sur le pays. Mais pas les guides du routard ! Je cherche des informations sur  l’histoire du pays, sur les grands axes politiques idéologiques. Par exemple là on travaille sur la Russie, c’est assez profond comme sujet. De Staline à Poutine il y a énormément de choses à comprendre et qui vont m’aider lors de mon voyage.

Une aventure c’est une organisation en amont qui est pharaonique. Il faut tout organiser, prévoir les personnes qu’on souhaite rencontrer sur place,  planifier le trajet qu’on aimerait parcourir, les montagnes qu’on aimerait gravir, les vagues potentielles. Pour la Russie on essaie de monter une expédition avec des chiens de traineaux donc je ne te raconte pas la logistique… On gère tout à 2 avec Mathieu. Mathieu va être plus sur la logistique, et moi sur l’écriture de l’histoire, les personnages.

Parce que tu “écris” tes récits en amont ?

Oui, en fait, avant de partir, j’écris le scénario idéal de notre histoire. On se laisse la possibilité d’être surpris, mais au début on écrit ça comme une fiction. J’invente des personnages, j’essaie au maximum de me projeter à l’avance dans cette aventure. Une fois sur place j’essaie de coller au maximum à l’histoire, après évidement l’inconnu rentre en jeu et je peux t’assurer que des imprévus il y en a beaucoup. C’est en faisant ce travail d’écriture que je peux anticiper des problématiques et me décharger d’une certaine pression, ça me permet de vivre l’aventure à fond.

affiche du film Odisea "des andes au pacifique" de damien castera et de mathieu crepel

Peux-tu nous raconter la meilleure session de surf de ta vie ?

Ça dépend si c’est purement pour la vague ou pour tout ce qu’il y a autour. Si je dois sortir une vague ça serait Skeleton Coast en Namibie. C’est le plus long tube du monde. Il est situé dans le désert du Namib, c’est franchement difficile de faire mieux. Il faut dire qu’on l’avait sacrément attendue cette vague… On a campé dans le désert pendant 5 semaines, mais ça valait le coup! Bon OK l’eau est glacée mais le tube est tellement incroyable et puis surfer au milieu des phoques à fourrure c’est pas commun !

J’imagine que là où elle est située il n’y a personne dessus ?

C’est une vague qui ne fonctionne que très rarement dans l’année donc maintenant les gens regardent les prévisions météo et dès qu’elle marche, ils viennent. Mais bon elle fait 4km de long, donc on peut presque considérer qu’on est tout seul dessus.

A part le surf, quelles sont tes autres passions dans la vie ?

Mon autre passion depuis toujours c’est l’écriture. J’ai toujours raconté tous mes voyages dans des carnets. Au début je les gardais pour moi et depuis quelque temps je les partage dans des livres, comme “du flocon à la vague”.

” Je pense que petit à petit, je vais espacer mes voyages, ou prendre des transports plus propres. Pourquoi pas le Transsibérien pour aller en Russie ou le voilier pour aller aux USA ? “

Depuis que tu pratiques le surf, est-ce que tu as vu tes spots se dégrader ?

Ça c’est une évidence… La démographie explose donc c’est une évidence… heureusement en France on a la loi littoral qui aide un peu à préserver les paysages et par la même occasion l’état de nos côtes. Si tu prends Bali c’est l’exemple type de l’endroit qui a été défiguré en 20 ans. Là-bas il n’y a pas d’égoût, tout part dans la flotte, c’est une catastrophe absolue. C’était le paradis sur terre du surf il y a moins de 20 ans et aujourd’hui c’est invivable. Le pire c’est qu’il y a plein d’endroits comme ça. Je vais dire une banalité, mais quand un endroit est ouvert au tourisme de masse, et surtout quand ça arrive de manière rapide, comme pour Bali, on voit le résultat. C’est une catastrophe !

Et sur ton homespot, dans le Pays Basque, est-ce que tu vois une différence?

J’ai l’impression que c’est pire qu’avant parce que dès qu’il pleut 2 jours de suite les plages sont fermées, à cause des bactéries. Il y a le problème des terres agricoles. Les sols ont tellement été appauvris que dès qu’il pleut les rivières se transforment en boue. Ça devient absolument dégueulasse, tout part dans les rivières. L’océan est marron pendant 1 ou 2 jours, et ça c’est uniquement ce qu’on voit. Il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas comme les produits chimiques par exemple.

affiche du film Odisea "L'Alaska au fil de l'eau" de damien castera et de mathieu crepel

Quels conseils peux-tu donner aux riders qui veulent réduire leur impact sur l’environnement ?

J’ai toujours du mal à répondre à cette question, parce que je ne prends pas la charrette à bœuf pour aller à l’autre bout du monde lors de mes aventures. N’étant moi-même pas irréprochable, je ne me sens pas bien placé pour donner des conseils sur les choses à faire ou à ne pas faire. 

Mais lors de tes aventures est-ce que tu fais particulièrement attention à ton impact ?

Déjà quand je pars en expédition j’essaie de rester longtemps dans le pays, ça permet “d’amortir un peu” le trajet en avion. Je pense que petit à petit, je vais espacer mes voyages, ou prendre des transports plus propres. Pourquoi pas le Transsibérien pour aller en Russie ou le voilier pour aller aux USA ? Une fois sur place, on a une vie qui consomme peu. On ne fait jamais de dépose en hélicoptère, on fait tout à la force des pieds et des bras. On descend ensuite les rivières sur des packraft, on campe énormément, on est presque en autonomie.

” Aujourd’hui on vit dans une période où il faut faire le buzz, où on fait les choses puis on passe aussitôt à autre chose. J’aimerais vraiment pouvoir leur rendre quelque chose “

Quels sont tes prochains projets d’aventures ?

Il y a le Kamchatka en mars et avril prochain. Et puis j’aimerais vraiment repartir au Liberia. Ça c’est un truc qui me tient à cœur. Le film qu’on a tourné là-bas sort le mois prochain, on va faire pas mal de festivals pour le présenter… si on gagne des prix c’est top pour nous, mais au final les gens qu’on a rencontrés là-bas, qui nous ont aidé pour ce film, ils auront gagné quoi ? Aujourd’hui on vit dans une période où il faut faire le buzz, où on fait les choses puis on passe aussitôt à autre chose. J’aimerais vraiment pouvoir leur rendre quelque chose. L’idée serait de repartir là-bas avec un container de planches de surf pour les aider à monter un surf club.

Que penses-tu du guide du “TOP 50 des marques de glisse éco-responsables” que nous avons sorti ?

C’est super. Il y a tellement de messages marketing “bio” que tout le monde s’y perd entre le vrai du faux, donc là c’est pas mal d’avoir ce genre de guide pour aider les riders à mieux consommer.

A quel autre rider penses-tu pour être notre prochain Green Rider ?

Je pense à plusieurs riders qui pourraient être très intéressants pour cet interview. Il y a Jérémy Brasset, les frères Delpero (Antoine et Edouard) et bien sûr Mathieu Crepel.


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3 Commentaires sur “Rencontre avec Damien Castera, l’aventurier surfeur, ou vice versa

  1. Efflam says:

    Salut Pierre. Comment vas tu ? Sais tu où est ce que je peux acheter les videos Odysea de Damien stp ? L’alaska, les Andes, y’a t il un autre épisode existant ? Merci d’avance pour l’info.
    Efflam

    • Pierre Barbez says:

      Salut Efflam,

      ça glisse et toi ?
      Bonne question, je viens de demander à Damien où on peut trouver ça. Je reviens poster la réponse dès que j’en sais plus 😉

      Pierre

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